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Alexandre Chagnon : pharmacien et fondateur de questionpourunpharmacien.com

Alexandre Chagnon : pharmacien et fondateur de questionpourunpharmacien.com

Biographie express : Alexandre Chagnon est pharmacien hospitalier et le fondateur de questionpourunpharmacien.com. Il est clinicien associé à l’Université de Montréal, chargé d’enseignement clinique à l’Université Laval et s’implique bénévolement auprès des élèves du secondaire sur la plateforme Academos. Il est le récipiendaire du Prix Innovation 2017 de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

Pouvez vous nous présenter votre parcours depuis vos études de pharmacie jusqu’à aujourd’hui ?

A.C : Dîplomé de l’Université Laval dans la ville de Québec, je suis depuis 2013 pharmacien hospitalier à l’Hôpital de Granby. J’y travaille comme pharmacien clinicien à l’urgence et aux soins intensifs. En parallèle, je suis également le fondateur de l’initiative Question pour un pharmacien (questionpourunpharmacien.com), une appli Internet permettant aux pharmaciens d’offrir un service de téléconsultation aux patients de leur région. Depuis sa création en fin 2015, ce sont plus de 140 pharmaciens québécois qui se sont joints à l’initiative, ce qui a permis d’informer plus de 13 000 patients. 

Pourquoi avoir crée le site Questionpourunpharmacien.com ?

A.C : Arrivé sur le marché du travail, j’ai rapidement été confronté à une réalité qu’on ne m’avait pas enseigné à l’université: les patients consultent Internet de façon très importante. Au Canada, ce sont 9 adultes sur 10 qui le font pour s’informer sur leur santé. Alors que la plupart de mes collègues y voyaient un problème, voire une menace, j’y ai vu une opportunité. J’ai donc créé l’appli, d’abord pour protéger les patients de la désinformation en santé sur Internet, mais également pour assurer la place du pharmacien dans la prise en charge du patient 2.0. Je suis maintenant assuré qu’être présents sur Internet permet aux pharmaciens de générer de la visibilité professionnelle positive et des opportunités d’interventions et d’affaires.

Où en est aujourd’hui ce projet et quelles sont les perspectives ?

A.C : Aujourd’hui, le site compte plus de 700 téléconsultations réalisées et a permis de mettre en évidence, grâce à une étude exploratrice, qu’un tel service pourrait permettre une meilleure utilisation des ressources en santé par les patients. Nous avons effectivement démontré qu’une large fraction des patients ayant utilisé l’appli aurait consulté des ressources non-appropriés pour trouver une réponse à leur question (2% des patients auraient consulté à l’urgence, 19% dans une clinique médical sans rendez-vous, 32% à la ligne Info-Santé (811) et 37% leur propre médecin). On peut donc penser que l’appli permet de sauver des coûts à l’État. Au cours des prochains mois, nous travaillerons donc à rendre le service encore plus intuitif, à le rendre bilingue et puis à l’exporter à l’extérieur du Québec.

Pourquoi avoir choisi d’entreprendre dans le domaine de la santé ?

A.C : Le domaine de la santé, de par son recul technologique, offre encore aujourd’hui beaucoup de possibilité d’innover. La téléconsultation s’inscrit bien dans la volonté politique de traiter mieux en dépensant moins et je voulais que les pharmaciens participent à cette révolution thérapeutique.

Alexandre Chagnon : pharmacien et fondateur de questionpourunpharmacien.com

 

Etre pharmacien constitue t il un avantage pour ce projet ?

A.C : Certainement ! Les pharmaciens ayant très bonne réputation, cela a facilité la progression de l’initiative à plusieurs niveaux. Citons par exemple la reconnaissance de la valeur du projet émise à deux reprises par l’Ordre des pharmaciens du Québec (https://www.youtube.com/watch?v=D5YmxaBQA7k et https://www.opq.org/fr-CA/grand-public/portraits-de-pharmaciens/alexandre-chagnon-repondre-en-ligne-aux-questions-des-patients/)

Quels sont les compétences hors pharmacie que vous avez dû acquérir pour développer ce projet ?

A.C : Marketing de médias sociaux, UX design, comptabilité d’entreprise, développement d’une « start-up technologique », droit de l’entreprise… vraiment j’ai dû en apprendre à plusieurs niveaux. Et je continue d’apprendre quotidiennement. Heureusement, j’ai la chance d’évoluer à un époque où la formation est très accessible (via les « massive-online-open-courses (MOOCs) », entre autres). 

Pensez vous que les pharmaciens doivent sortir des voies traditionnelles officine, hôpital et industrie ?

A.C : Oui, et rapidement. Le modèle d’affaires actuel de la pharmacie est très axé sur le médicament, alors que l’industrie pharmaceutique s’installe progressivement dans l’ère « beyond-the-pill ». Je crois que le pharmacien doit devenir le spécialiste de la thérapie, quelle soit médicamenteuse ou pas, et que l’offre de service doit être adapté aux outils dont se servent les patients d’aujourd’hui, comme par l’entremise de la télé-santé. Au Québec comme en France, d’ailleurs, des médecins et des infirmières offrent déjà des services semblables à celui trouvé sur questionpourunpharmacien.com

Quels conseils donneriez vous aux pharmaciens qui veulent entreprendre dans le domaine de la santé ?

A.C : De s’entourer des bonnes personnes et de valider rapidement leur idée avec un maximum de gens. Et lorsque rendu à l’étape de développement de l’idée, le faire en intégrant les idées et les réactions des patients, l’acteur le plus important du domaine de la santé. Faire ainsi permet d’avoir des cycles de développement à la fois agiles et courts, et réduit par le fait même les chances de faire fausse route.

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