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Fabien DACHET : Parcours Santé Connecté et Coordonné

Fabien DACHET : Parcours Santé Connecté et Coordonné

Pouvez-vous vous présenter et décrire votre parcours pharmaceutique ?

Je m’appelle Fabien DACHET, j’ai 25 ans et je suis docteur en pharmacie dans la région lyonnaise. J’ai débuté mon cursus universitaire, en 2008, à la Faculté de médecine et de pharmacie de Lyon. Durant mes 6 années d’études, j’ai suivi la filière « Officine » ainsi que 3 formations diplômantes :
– une formation méthodologique à la démarche d’éducation thérapeutique du patient (ETP),
– une formation aux gestes et soins d’urgence (AFGSU),
– une formation relative au pharmacien référent en assurance qualité (PRAQ).
Au terme de ce parcours, j’ai obtenu, en 2014, mon diplôme d’État de docteur en pharmacie ainsi que, l’année suivante, le prix du plus jeune étudiant diplômé de la Faculté de pharmacie de Lyon. J’ai ensuite entamé mon parcours professionnel en tant que pharmacien adjoint jusqu’en juillet 2015.
Depuis cette date, j’ai pris mes distances avec l’exercice officinal par manque d’épanouissement, par sentiment que l’exercice au comptoir ne valorise pas suffisamment les compétences pharmaceutiques, et par conviction qu’il n’offre pas la possibilité de répondre concrètement à diverses grandes problématiques de santé publique.
Ayant dès la fin de mes études pharmaceutiques eu l’envie d’entreprendre dans le domaine de la santé et des soins, mais ne sachant pas comment retranscrire et présenter mes idées de manière formelle, j’ai suivi un Master 2 en santé publique, durant l’année universitaire 2015-2016, principalement dans le but d’acquérir la méthodologie de la « démarche projet ». Durant cette formation, j’ai notamment participé au projet de groupe « PapillHOMM’avirus » qui, en juin 2017, a été sélectionné pour illustrer et valoriser le travail effectué durant ce Master. Grâce à son suivi, j’ai ainsi pu initier, en juin 2016, l’élaboration de mon projet « Parcours Santé Connecté et Coordonné ».

Présentez-nous votre projet « Parcours Santé Connecté et Coordonné  » ?

Tout d’abord, ce projet revêt plusieurs ambitions. Il vise en effet à connecter et coordonner :
– les professionnels de santé entre eux par l’établissement de modes d’exercice regroupés,
coordonnés, transversaux, pluri- et interdisciplinaires ;
– le patient avec les professionnels de santé dans l’optique d’une approche de santé
personnalisée, éducative et « autonomisante » ;
– la médecine de ville avec la médecine hospitalière pour assurer une meilleure coordination
et une meilleure continuité du parcours de soins ;
– le préventif et le curatif pour améliorer la qualité et le confort de vie des patients.
En ce qui concerne ses principaux objectifs, ceux-ci sont :
– de participer à la réduction du nombre d’hospitalisations et d’admissions aux Urgences dues
à un accident médicamenteux ;
– de contribuer à la réduction de l’incidence des erreurs et de l’iatrogénie médicamenteuses
évitables tout au long de la chaîne des soins ;
– de contribuer à l’amélioration de l’observance thérapeutique ;
– d’offrir des solutions aux territoires sous-densément médicalisés et de participer à la
résolution des problèmes posés par la désertification médicale ;
– de contribuer à favoriser la continuité du parcours de soins des patients.
Pour atteindre ses ambitions et objectifs, mon projet propose une nouvelle organisation territoriale de l’offre et du parcours de soins. L’idée générale est de créer une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) au sein de laquelle exercent des équipes de santé et de soins (primaires ou non).
Les pharmacies verront également leur organisation et leur fonctionnement évoluer progressivement, tant sur le plan interne que territorial, grâce à la création d’un nouveau concept et au développement de nouvelles missions pharmaceutiques.
Quatre principaux axes de travaux interdépendants ont ainsi été élaborés.
Le premier réside dans le décloisonnement des pratiques professionnelles et le partage d’informations. Pour cela, des protocoles pluriprofessionnels de délégations ou transferts d’activités seront mis en place, en veillant à ne pas nuire à la qualité des soins, et le secret médical partagé sera instauré, dans le respect des droits des patients. Pour la pharmacie, ces protocoles – élaborés et validés par l’ensemble des acteurs concernés (médecins,
pharmaciens, infirmiers…) – permettront par exemple aux pharmaciens de renouveler certaines prescriptions et de valoriser leurs compétences en pharmacie clinique, tout en sachant réorienter le patient vers son médecin le cas échéant.
Le deuxième axe consiste quant à lui à implémenter un cercle de qualité pluridisciplinaire (intégrant les professionnels de santé volontaires exerçant au sein des équipes de santé et de soins, voire même des associations locales de patients ou d’usagers de soins) permettant notamment de discuter de problématiques de santé publique, d’erreurs ou de difficultés fréquemment rencontrées lors de la pratique professionnelle, de programmes d’ETP à développer, de la prise en charge ambulatoire de patients considérés comme « complexes », etc.
Concernant les médicaments, des procédures d’assurance qualité seront mises en place au sujet de l’automédication, de la substitution générique, et de l’importance du respect de la galénique et du devenir du médicament dans l’organisme. Pour cette dernière, je pense en particulier à la sécurisation – tant pour les patients que pour les manipulateurs – des pratiques liées à l’écrasement des comprimés et à l’ouverture des gélules qui doivent répondre à une démarche méthodologique et réfléchie de manière pluridisciplinaire.
Le troisième axe réside dans l’élaboration de plans personnalisés de santé et de soins, réalisés par un(e) coordinateur(-trice) territorial(e) de santé.
Enfin, le quatrième grand axe de travaux consiste à développer des outils informatiques / numériques interopérables et multifonctionnels afin de faciliter le travail des professionnels, de consolider la coopération inter- et pluridisciplinaire, d’améliorer l’accompagnement et le suivi des patients, et de fluidifier leur parcours de soins (dématérialisation du circuit de soins, développement d’algorithmes, présence d’une messagerie santé sécurisée, accès à des documents partagés, intégration du dossier de soins infirmiers, recours à la télémédecine…).

 

Où en est aujourd’hui ce projet et quelles sont les perspectives ?

Ce projet est aujourd’hui finalisé dans sa conception générale. Ainsi, afin de pouvoir lancer son expérimentation, je recherche désormais des professionnels de santé et structures médicales, médico-sociales (cabinets médicaux, infirmiers, pharmacies d’officine laboratoires d’analyses, EHPAD, hôpitaux, cliniques…) volontaires désirant coopérer et coordonner leurs  actions sur un territoire déterminé, au sein d’équipes de santé et soins, en vue de la création d’une CPTS. Par la suite, selon le territoire défini, les bases de données locales de santé seront consultées afin de déterminer les problèmes sanitaires principalement rencontrés sur le territoire en question dans le but d’élaborer, au sein de l’organisation générale expérimentée, les actions spécifiques à mettre en place pour répondre aux besoins des populations et professionnels de santé de la manière la plus optimale possible.
En parallèle, je recherche également des professionnels exerçant dans le domaine de l’informatique, du numérique, des nouvelles technologies et/ou de l’audiovisuel, avec qui collaborer en mettant à profit mes connaissances de l’environnement sanitaire et des soins afin de développer les outils les plus adaptés au parcours de santé et de soins que j’ai conçu, et indispensables au fonctionnement optimal de l’organisation territoriale.
Par ailleurs, la construction et l’aménagement de locaux s’avèreront sans doute nécessaire pour optimiser le circuit de soins développé et contribuer au « virage ambulatoire » de la santé, en lien avec les services d’urgences et hospitaliers. Ceci devra néanmoins être discuté avec les acteurs concernés le plus tôt possible afin d’anticiper ces questions et bâtir la meilleure organisation possible sur le terrain.
Aussi, il est prévu de créer une enseigne pharmaceutique au sein de laquelle les pharmacies seront notamment spécialisées et entièrement digitalisées. Ces questions seront toutefois étudiées au cas par cas, en particulier en fonction du maillage officinal sur le territoire expérimental.
En ce qui me concerne personnellement, je me vois jouer deux rôles dans ce projet : celui de pharmacien clinicien et de coordinateur référent du projet (à distinguer du rôle du coordinateur ou de la coordinatrice territorial(e) de santé).
Enfin, les perspectives à long terme résident dans l’extension de mon projet, tant à l’échelon local (avec la possibilité de créer des plateformes territoriales de santé, spécialisées ou non) qu’à l’échelle nationale voire internationale.

Pourquoi avoir choisi d’entreprendre dans le domaine de la santé ?

Mon désir d’entreprendre est notamment né du constat que, dans le domaine de la santé, ce ne sont pas les trains qui sont en retard mais les passagers !
En effet, d’après moi, le milieu de la santé et des soins ne s’est toujours pas réellement adapté aux évolutions technologiques, démographiques, environnementales, territoriales et sociétales du Monde qui nous entoure. La posture médicale doit donc impérativement évoluer, son organisation aussi. De plus, les patients ont de plus en plus recours à internet pour s’informer, y compris sur les questions liées à leur santé. Face aux flux d’informations massifs auxquels ils se retrouvent confronter, il leur apparaît dès lors extrêmement difficile de déceler l’information de la désinformation, la rumeur ou la suspicion de la preuve.
C’est pourquoi, la possibilité sera offerte aux patients qui le souhaitent de pouvoir discuter avec les professionnels de santé qui les suivent grâce à la plateforme informatique qui sera utilisée afin de leur conférer un accompagnement « au plus près » et, le cas échéant, pouvoir amorcer avec eux un dialogue de fond, transparent et éclairé sur toutes ces données lors d’une consultation.

Etre pharmacien constitue-t-il un avantage pour ce projet ?

Être pharmacien ne constitue ni un avantage ni un inconvénient pour ce projet puisqu’il véhicule en son sein un message de dépassement des clivages interprofessionnels et interstructurels. Le pharmacien demeure néanmoins un acteur incontournable, au même titre que tous les autres professionnels de santé et toutes les structures sanitaires impliqués dans le parcours de santé et de soins des patients.

Quels sont les compétences, hors pharmaceutiques, que vous avez dû acquérir pour
développer ce projet ?

J’ai dû acquérir des compétences en gestion de projet ainsi qu’en psychologie de la santé. Plus généralement, le développement de ce projet représente une aventure très enrichissante où les apprentissages demeurent quasi quotidiens, y compris sur ma propre personne.

Pensez-vous que les pharmaciens doivent sortir des voies traditionnelles officine, hôpital et
industrie ?

En sortir, non pas forcément. Ces voies traditionnelles ne me paraissent pas incompatibles avec la démarche entrepreneuriale, notamment si elle s’inscrit dans une volonté de diversification des activités et apporte une réelle valeur ajoutée à l’exercice initial.

Quels conseils donneriez-vous aux pharmaciens qui veulent entreprendre dans le domaine
de la santé ?

Osez sortir de votre zone de confort ! N’attendez pas que les initiatives viennent d’ailleurs ! Prenez le temps d’étudier si votre idée répond à des attentes, besoins et/ou demandes que vous avez clairement identifiés.

 

Lien Linkedin de Fabien DACHET : https://www.linkedin.com/in/fabien-dachet-a3ab999b/

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